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Lulu Gainsbourg : From Lulu to Gainsbourg
Choisir l'humilité ou devenir le gardien du temple ? La posture n'est pas simple quand on est "fils de", surtout lorsque le père n'est plu et qu'il laisse l'empreinte d'un des grands compositeurs français du vingtième siècle.
Dans la famille Gainsbourg, je demande la fille. Actrice remarquable mais chanteuse poussive, elle doit ses quelques anicroches musicales à l'ambigüité paternelle sur Love On The Beat ou Charlotte Forever puis, devenue adulte, à quelques compositeurs tels que Jarvis Cocker ou Beck. Si elle ne manque pas de talent, nul doute que son patronyme fut son instrument de prédilection.Dans la famille Gainsbourg, je demande maintenant le fils. Bonne pioche! Passé par le conservatoire de Londres et le Berklee College Of Music, Lulu ressort avec un curriculum bien fourni en classique et en Jazz. Mais ce n'est pas le tout d'avoir de bons bagages, encore faut-il savoir où les poser! Papa fut en son temps un gros patron, nul doute que le fils prodige va avoir à se confronter aux regards suspicieux de ses petits camarades de jeux et de quelques millions de personnes. Son premier album subira de toutes façons la vindicte populaire à grand coup de "il n'est pas là par hasard celui-là" ou "comme s'il suffisait de s'appeler Gainsbourg pour être musicien", alors le jeune Lulu prend le risque de rendre directement hommage à son père. "Au moins, ça c'est fait", comme il le confie lui-même. Mais hors de question de s'y coller seul. Comme les "fils de" ont une vie différente de la nôtre, Lulu fait appel à une de ses relations pour passer quelques coups de fils. Son secrétaire n'est autre que Johnny Depp et les duos prennent vite des allures de superproduction avec Scarlett Johansson, Marianne Faithfull, Iggy Pop, mais aussi M, Shane MacGowan (des Pogues), Vanessa Paradis, Angelo Debarre, Mélanie Thierry…Pour nous mettre l'eau à la bouche, Lulu commence en solo avec le titre du même nom. La voix reste au fond de la gorge, peut-être pour rendre aussi hommage à Charlotte, mais la production est bonne et les mesures brésiliennes donnent une belle fraîcheur. Jusque là, pas de quoi se relever la nuit. Puis arrive un Intoxicated Man où le délirium tremens des paroles et troqué contre un saxo aux allures d'Henry Mancini, père du thème de la Panthère Rose, avant de partir dans un Jazz endiablé et jouissif qui n'a d'égal que le Poinçonneur des lilas lancé en manouche par le virtuose Angelo Debarre. Rufus Wainwright interprète un Je suis venu te dire que je m'en vais bouleversant de justesse avec la voix qui a toujours manqué au paternel. Les Ballade de Melody Nelson ou Bonnie & Clyde rendent hommage non seulement aux chansons de Serge mais aussi aux duos glamour avec en guest Scarlett Johansson et Vanessa Paradis. Seul le Requiem pour un con en duo avec M manque un peu d'audace et aurait gagné à avoir la puissance de la version de FFF ou tout simplement de l'original. Ce premier album du cadet des Gainsbourg doit beaucoup au talent du père, mais force est de reconnaître que grâce aux très belles interprétations de Lulu, on se souvient des jours anciens… et on pleure.
Cyril Trigoust
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