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M83 : Hurry Up We're Dreaming !
Si en matière de rock, les Français n'assurent pas une cacahuète, on n'apprendra à personne qu'ils sont devenus une référence au rayon électro. Venu d'Antibes et fondé après la frénésie French Touch, M83 a pu se développer à son rythme.
Un premier album en 2001, le suivant deux ans plus tard qui attire l'attention des Américains et en 2005, le succès mondial… Au fil des disques, le line-up s'est allégé, et ne reste du duo qu'Anthony Gonzalez. Le son, lui, n'a pas cessé de gagner en volume et en complexité.Pas étonnant que le sixième album de celui qu'on rebaptise pour l'occasion Mégalo83 soit un double, avec une intro et une outro, histoire de couper l'envie de le saucissonner en aléatoire sur l'iPod. Première constatation : si cet album est l'œuvre d'un homme seul (à l'exception de quelques invités au micro), il s'agit de Shiva. Ou d'un génie de l'empilement sonore. Et autant prévenir les athées, oups, les adeptes du minimalisme. Chaque titre est une cathédrale, une structure écrasante, qui explose aux tympans, vacille sous les couches sonores et se roule avec abandon dans l'emphase, voire l'esbroufe.Centré sur le thème des rêves, Hurry Up We're Dreaming! est fidèle à son titre tout en contradictions. D'un côté, il plante des décors oniriques et des atmosphères chargées de chœurs fantomatiques. De l'autre, il bombarde l'auditeur de rythmes urgents, de vocaux assurés d'un Gonzalez qui se réinvente en rock-star charismatique. Et, comme dans tout bon rêve, il y a ces instants magiques, sans queue, ni tête, qui déconcertent ou émeuvent. Raconte Moi Une Histoire, avec sa voix de gosse sur fond de synthés caféinés, en fait partie. Il aurait pu sombrer dans la niaiserie poétique, sans ce tempo martelé et ces envolées à la Cure. Echoes Of Mine est un autre tour de force. Un équilibre délicat s'instaure entre les narratifs fragiles d'une femme âgée, nappés de claviers, et des déferlements de chœurs synthétiques et de percussions. Le résultat est touchant, presque décousu, à la manière d'un rêve dont on ne garde que des impressions au réveil.Il y a aussi des instants de cauchemar, surtout si l'on dégaine ses antihistaminiques à la moindre allusion aux eighties. Comme pour le reste, Anthony Gonzalez ne fait pas les choses à moitié. Il ose le saxo, les synth drums et autres tabous avec l'abandon de celui qui aime vraiment. Mais ce n'est pas pour cela que l'album nous laisse avec un petit goût de nostalgie. Son opulence évoque une époque pas si lointaine où les disques ne connaissaient pas la crise, où tout, de la pochette aux vidéos, était démesuré, plus gros que la réalité, très loin du quotidien et invitait au rêve…
Isabelle Chelley
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