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Massive Attack : Heligoland ( EMI )
Il aura fallu sept ans à Robert Del Naja (3D) et Grantley Marshall (Daddy G) pour remettre de l'ordre dans la maison Massive Attack. Ce cinquième album valait-il au final cette attente ?
Heligoland ou l'arlésienne version Bristol (la Bristolienne, en quelque sorte). Longtemps attendu par des fans pas entièrement convaincus par un 100th Window composé uniquement par Del Naja, ce cinquième LP marque avant tout le retour de Daddy G au giron après des années de brouille. De l'aveu du revenant, "ça fait plaisir de revenir à la maison". Même son de cloche du côté des fans. Et même si les deux derniers membres fondateurs du collectif fêtent ici leur retour aux affaires en binôme, Heligoland frappe surtout par sa pléthore de collaborations – et la qualité de celles-ci : sur une dizaine (pile) de titres, seulement deux n'ont pas d'invités vocaux. Pour le reste, le casting est de poids. Sollicité dès les premières heures de composition, Damon Albarn a participé en tout à cinq morceaux, même si un seul porte finalement son emprunte vocale : "Saturday Comes Slow", qui sonne à s'y méprendre comme une répétition générale du prochain Gorillaz (une manière pour Del Naja d'adouber la démarche d'Albarn, dont le personnage virtuel se nomme après tout… 2D !). Autre clin d'œil appuyé, cette fois à son homologue new-yorkais David Sitek de TV on the Radio : la présence du chanteur Tunde Adebimpe sur le morceau d'ouverture, un "Pray for Rain" tout en retenue.
Le reste de la distribution n'est pas en reste et semble à lui-seul raconter une histoire. Une histoire de loyauté, tout d'abord, avec la présence sur deux titres du reggaeman Horace Andy qui fêtera l'année prochaine ses vingt ans de collaboration avec Massive Attack. Tout comme "Angel" à l'époque de Mezzanine, "Girl I love you" est d'ailleurs une relecture par 3D d'un classique du vieux rasta. Quant à Martina Topley-Bird, outre ses remarquables prestations sur "Babel" et "Psyche", on ne peut s'empêcher de penser au symbolisme du fait que Massive Attack récupère l'ex-compagne de Tricky, lui-même ancien collaborateur du collectif ; comme une sorte de boucle qui se referme. Enfin, les derniers invités se nomment Hope Sandoval (la voix du "Asleep from day", morceau très "Massive Attack" des Chemical Brothers) et Guy Garvey, chanteur d'Elbow au civil, qui hérite du track le plus étrange de l'album : "Flat of the Blade".
Vingt ans après avoir engendré un splendide bâtard auquel ils ont toujours renié l'appellation "trip-hop" (et au vu de leur discographie, ils ont eu raison de ne pas s'y cantonner), que reste-t-il de Massive Attack ? Un disque beaucoup plus inspiré que son prédécesseur, ça c'est une certitude. C'est aussi un héritage qui ne se renie pas : même si le son de Massive Attack a su évoluer à différentes périodes, celui-ci reste reconnaissable entre tous. En cela, bien qu'assez minimaliste dans son exécution, Heligoland s'inscrit avec cohérence dans la discographie des Anglais, en espérant que cette fois il ne nous faudra pas patienter sept ans pour écouter la suite.
À ce propos, tout comme le EP Splitting the Atom avait précédé Heligoland de quelques mois, un EP complémentaire serait déjà attendu pour mai 2010…
Michael Rochette
Michael Rochette
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