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Miles Kane: Colour Of The Trap
Certains jaloux auront envie de lui coller des claques et il faut admettre que Miles Kane l'aura bien cherché. Avec sa belle gueule de minet échappé d'une photo de David Bailey et ses attitudes de branleur doué, il ne manquerait plus qu'il compose de bonnes chansons…
C'était le cas avec les Last Shadow Puppets, groupe fondé avec l'Arctic Monkey Alex Turner, un p'tit gars qui se débrouille dans ce domaine, si l'on en croit nos tympans, les critiques et ses hordes de fans. Et en solo, Miles Kane continue sur sa lancée, sans chercher à se réinventer ou créer un nouveau sous-genre musical qui fera frétiller le NME pendant une semaine. L'Anglais possède une machine à remonter le temps bloquée sur les sixties et les seventies dans un coin de studio. Il a aussi un carnet d'adresses bien rempli, puisqu'outre son copain Alex T. (qui a coécrit la moitié des chansons), il a embauché dans les chœurs l'actrice Clémence Poésy, Gruff Rhys des Super Furry Animals et le survivant de Cro-Magnon le plus fameux de la scène britannique, Noel Gallagher himself. Avec tout ce beau monde, Kane refait ce qu'il pratique depuis ses débuts en 2004 (au sein des Little Flames, puis des Rascals), c'est-à-dire un beau monstre de Frankenstein bricolé à partir de rock actuel et de vestiges des sixties. Pas besoin d'être encyclopédiste de la pop pour identifier ses influences – en vrac Marc Bolan, les productions de Joe Meek ou Lennon solo du temps où il était encore énervé. Kane ne s'en cache pas ou alors, il le fait très mal. Et au fond, on s'en tape . Oui, l'album ne réinvente pas plus la roue que le rock'n'roll. Oui, on éprouve souvent un sentiment de déjà entendu du côté des mélodies, des arrangements, de la production ou de la voix. Mais oui, trois fois oui, on adore se laisser piéger par ce "Colour Of The Trap" très séduisant avec ses plans faciles à la pelle (les lalalala de la chanson titre, les échos et les arrangements à la "Telstar" de "Kingcrawler", le duo essouflé d'"Happenstance", le tempo martelé très glam de "Come Closer"). On a même le frisson lorsque Kane dégaine son vibrato à la Bolan sur My Fantasy, morceau de bravoure s'achèvant sur une modulation, effet sonore prisé des candidats de l'Eurovision, qui ici apporte la touche magique faisant la différence entre chanson juste réussie et vraiment irrésistible. Et tant que Miles Kane n'aura pas d'autre ambition que de composer des chansons immédiates, bourrées d'un charme rétro modernisé pas trop n'en faut, promis, on empêchera les jaloux de lui coller des claques.
Isabelle Chelley
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