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Muse : The Resistance ( Warner Music )
Dire que ce nouvel album de Muse était attendu serait un euphémisme. Le trio anglais devient de plus en plus populaire au fur et à mesure que sortent ces albums. Après un Black Hole & Revelations qui a contribué à les asseoir sur le fauteuil des "monstres sacrés du rock (encore vivants)" en compagnie de Radiohead, Coldplay et cie, ils devaient conforter leur nouvelle position avec leur cinquième opus.
Et pour cela, Muse a mis les petits plats dans les grands, et les pieds aussi. Un titre d'album grandiloquent, The Resistance, annonce les contours d'un univers musical façonné par le génie créatif du surdoué Bellamy et de ses deux compères rythmiques. L'entrée en matière est totalement raccord, avec la rythmique quasi-martiale de "Uprising", premier single assez entêtant mais pas vraiment renversant. La production est monstrueuse et scotche l'auditeur d'entrée de jeu, de même que les vocalises du bellâtre Matthew, clamant "we will be victorious". Plus qu'une armada de singles, The Resistance s'avère être un tout, un ensemble uniforme et cohérent, une plongée dans un univers post-apocalyptique ou la beauté musicale vient se poser comme un vent de fraîcheur dans le chaos ambiant.
Pourtant, cette démonstration de puissance et de maîtrise laisse une petite frustration. La folie des débuts, les gros riffs et déferlantes sonores semblent être restées dans les placards, au profit de chansons certes plus maîtrisées, mais plus... prévisibles. Ce qui leur permet également d'être plus efficaces, comme sur l'excellente "The Resistance", avec l'intro au piano du genre à se caler dans un coin de la tête et ne plus jamais en sortir dès la première écoute, et un refrain aussi héroïque que l'exige le titre. Mais les rend également plus sobres, presque trop, comme sur la très organique "Unidsclosed Desires", ou "I Belong To You (mon coeur s'ouvre à toi)", sur laquelle la plus grande surprise réside en des paroles en français. Si si, c'est du français. S'accompagner du livret est grandement recommandé pour comprendre ce qui est chanté.
Mais Muse reste Muse, et reste capable de scotcher n'importe quel pékin au casque d'I-Pod vissé sur les oreilles dans le métro, en envoyant la purée comme sur "Unateral Selection". Le morceau débute comme une nouvelle prière, avant de partir sur un riff dévastateur dans la lignée de celui de "Stockholm Syndrome", et même de faire penser à System Of A Down sur les pré-refrains, avec le chant calqué sur le riff de guitare. Plus posée, "United States Of Eurasia" est un autre grand moment, grâce à ses envolées lyriques presque théâtrales, rappelant Queen, et offrant 6 minutes d'un opéra rock digne de ce nom, avec même une digression aux sonorités orientales. La classe.
Pour finir sur une note positive, The Resistance s'achève sur une symphonie à ne pas écouter n'importe comment, baptisée "Exogenesis" et découpée en trois parties. Un choix qui peut paradoxalement faire regretter qu'il n'y ait pas plus de chansons, bien que la durée de vie soit plus qu'honorable. Avec ce cinquième album, nul doute que Muse va faire au moins aussi fort que l'appel du Général de Gaulle, et recruter un paquet de volontaires pour rejoindre la résistance.
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
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