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N*E*R*D : Nothing ( Universal )
Après avoir incarné pendant près d'une décennie l'avant-garde absolue en matière de production pop, Pharrell Williams et Chad Hugo la jouent rétro sur le quatrième album de N*E*R*D.
La question reste : est-ce bien judicieux, quand on a représenté pendant si longtemps le futur du music business, de tirer le frein à main et amorcer un gros demi-tour en direction du passé ? Moins extravagant que les collages erratiques qui ont forgé la légende des Neptunes, Nothing joue la carte de la délicatesse et des nuances dans un pantomime soul-pop 70's noyé d'effets vintage et anachroniques. De leur propre aveu, Hugo et Williams ont voulu faire un disque "intemporel révélateur de l'époque dans laquelle nous vivons" ; en extrapolant un poil sur cette déclaration d'intention, on serait même tentés de dire qu'ils ont essayé de faire ici leur What's Going On. Même s'il est plus "politiquement conscient" qu'explicitement dénonciateur, Nothing partage avec le chef d'œuvre de Marvin Gaye ses ambitions. Hélas, peut-être ont-ils un essayé un peu trop fort… Et penchés sur leurs machines à la recherche de ces textures sophistiquées qui confèreront à leur nouvel album ce fameux son intemporel, ils en ont oublié d'écrire des chansons qui vont avec.
À l'instar de ses prédécesseurs – et plus particulièrement le petit dernier, Seing Sounds – Nothing est un album de producteurs. Difficile pourtant de faire plus éloigné que ces deux derniers opus, tant leurs intentions sont diamétralement opposées. Et à l'extravagance de l'album au gorille succède aujourd'hui la subtilité de l'album aux trois plumes. Pensé comme un vieux 33 tours (virtuellement découpé en faces A et B par l'interlude "I've seen the light"), Nothing s'écoute comme une œuvre unitaire et cohérente de 36 minutes. Ça c'est la bonne nouvelle. La mauvaise, c'est que Nothing s'écoute tellement comme une œuvre unitaire et cohérente qu'aucun titre fort ne semble vraiment s'en dégager ; un comble pour un crew qui s'est bâti une réputation d'implacable machine à singles. Face à des tubes de la trempe de "Rock Star", "She Wants to Move" et même "Everyone Nose" (qui a encore pour lui son originalité), un titre soi-disant "radio" comme "Hot-N-Fun" fait pâle tapisserie, et ce malgré la présence de Nelly Furtado au refrain. Même l'association avec Daft Punk (qui aurait fait couler beaucoup d'encre il y a encore cinq ans de ça), "Hypnotise U", retombe un peu à plat pour se fondre dans ce gros magma tiède. On pourrait éventuellement sauver "God Bless Us All" du lot s'il ne sonnait pas autant comme le Outkast d'il y a six ans.
Attention, Nothing n'est pas un mauvais album en soi ; et à en croire le cahier des charges de ses compositeurs, on peut même dire que le job a été brillamment fait. Mais que ceux qui s'attendent à une nouvelle arme de destruction massive passent leur chemin ; question dégâts Nothing est plus une attaque biochimique à propagation lente qu'une bombe atomique.
Michaël Rochette
Michael Rochette
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