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Nessbeal : Ne2S ( Sony/BMG )
L’ex-Roi sans couronne a mis du soleil dans sa boisson préférée et l’a bu jusqu’à la lie. Saoul de cette nouvelle lumière, il revient des limbes avec un 3ème album hétéroclite et enthousiasmant. Le roi est mort, vive le roi !
Pour beaucoup, Nessbeal c’est le sulfureux Baby avec Booba en 2004. Puis, sur ses albums solos, des titres tous plus sombres les uns que les autres comme Le chant du bitume, Clown triste, La mélodie des briques et, dernièrement, le carrément angoissant mais non moins génial Amnezia (La salade), porté par un clip où Ness se la jouait Joker décomposé.
Cette époque n’est pas révolue et Nabil, de son vrai prénom, garde toujours en lui cette noirceur inhérente au personnage. Mais, après les succès d’estime mais absolument pas commerciaux de La mélodie des briques, de Rois sans couronne et de sa tape R.S.C. Sessions Perdues, Nessbeal a décidé de se faire plaisir avant tout et de laisser parler la part de clarté qu’il avait en lui. Il s’est alors enfermé pendant un mois et demi à Caen, chez son pote Orelsan, avec son producteur de toujours, Skread. Ce dernier lui a concocté des mélodies à base d’électro-hip-hop et de pop toutes plus ingénieuses les unes que les autres. Et qui l’ont amené sur un nouveau chemin. Le meilleur exemple est le 1er single de l’album, Ca bouge pas, qui est aussi dancefloor que son flow est lourd.
Tout son album oscille ainsi entre ombre et lumière, à l’image du clip du 2nd extrait, A chaque jour suffit sa peine, où le rappeur se balance devant une lampe sur une chaise à bascule. Sa plume hip-hop, collée au bitume, est toujours présente. On la retrouve plus egotrip que jamais sur des bombes comme Certifié classique ou Ne2s. I.L.S feat Bradley Jones, sur ses pêchés mignons du côté de la fumette, est l’un des titres les plus efficaces du genre. Mais on découvre beaucoup de nouvelles choses aussi. Comme cette subtile intimité qui pointe son nez en intro d’A chaque jour suffit sa peine, où le MC évoque une enfance qui a laissé de profondes cicatrices. Ness’ ne s’épargne aucune critique à lui-même avec des titres comme Balles dans le pied, où il fustige ses mauvais choix personnels. Ou Papa instable, une belle déclaration d’amour à ses 3 enfants et un début d’excuse pour ses imperfections.
Parmi les nouveautés, son gout pour la pop explose sur de nombreux titres, souvent en featurings d’ailleurs. Avec La Fouine, qu’il aime à faire chanter, il signe l’optimiste Au bout de la route. Même message d’espoir dans l’avenir sur Une bouteille à la mer feat. Evaanz et Traversée du désert. Autre particularité qui n’avait pas été autant mise en avant auparavant : les morceaux bien délires. Ma grosse, avec Orelsan, provoque instantanément de grosses barres de rire alors qu’After n’a rien à envier avec les titres sensuellement dancefloor de son pote B2O. L’album, bigarré mais cohérent, se termine sur un des titres les plus forts, un Poussière d’empire qui traite à a fois conscient, social et très personnel.
Opérant un très léger virage, Nessbeal ne dévie pas de sa route mais pourrait bien paver d’or son nouveau chemin.
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
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