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Nirvana : Live at reading ( Universal )
30 août 1992. Le Reading est le plus grand festival de rock en Europe. Nirvana est le plus grand groupe de rock du monde, un an après l'incroyable Nevermind. Sur le papier, tout est parfait, c'est l'affiche du siècle, le rêve. Mais tout commence comme dans un cauchemar : Kurt Cobain arrive sur scène en fauteuil roulant. Le mec qui les présente l'encourage : « Avec le soutien de sa famille et de ses amis, il va y arriver ! ». Il se lève, en blouse de patient d'hôpital, commence à chanter... et s'effondre. Les 120 000 spectateurs se font alors bien discrets...
... mais ils vont vite retrouver de la voix, dès que « Breed » va être lâché. L'arrivée théâtrale de l'ange blond n'est qu'une blague, cynique, à toutes les rumeurs (bien fondées cependant) le disant camé et rescapé de justesse d'une overdose à Rome. Dave Grohl, le leader des Foo Fighters et à l'époque batteur de Nirvana, avouera quelques années plus tard qu'il ne savait même pas si le groupe allait pouvoir jouer au Reading. Et pourtant ils sont bien là, 17 ans plus tard, dans les lecteurs DVD.
Pas une année ne passe sans qu'un produit estampillé Nirvana ne débarque dans les rayons. Entre les fausses raretés qui servent de financement pour ses cures à la veuve Courtney, des documentaires merdiques qui n'apprennent rien et des livres pourris basés sur les propres écrits de Cobain, on a de temps en temps le droit à quelques petites perles, comme la réédition de la VHS Live ! Tonight ! Sold ! Out ! En DVD ou encore le coffret With The Lights Out. Et cette année, c'est donc ce Live At Reading qui va permettre aux fans de première, seconde et maintenant troisième génération de se (re)plonger avec nostalgie dans ce qu'il convient désormais d'appeler « la légende Nirvana ».
Alors les voilà, les héros du grunge, dans un décor simpliste, correspondant parfaitement au groupe. Pas de fioritures, et la quasi-intégralité des tubes de Nevermind envoyée avec cette fameuse rage contenue. « Drain You », « In Bloom », la poppy « Come As You Are » : le travail effectué sur le son permet d'apprécier toutes les nuances de la voix de Cobain, passant de couplets suaves en refrains hurlés, de guitare clean à la distorsion Le frisson peut également gagner le spectateur sur les couplets de « Lithium » ou Polly », puisque le public joue à la chorale. Il est d'ailleurs amusant de constater que toutes les chansons radiophoniques (les tubes) sont expédiés en début de set. Pour faire le tri dans la foule et finir le concert en roue libre ? En tout cas Nirvana se désacralise soi-même, en prenant un malin plaisir à massacrer le hit « Smells Like Teen Spirit ». Les plantages sont nombreux (à part la batterie, forcément impeccable et puissante), et c'est paradoxalement le plus appréciable. Pas de mixage, de rajouts. Les blagues pourries entre les chansons restent là, l'intro foirée de « Sliver » aussi. Des erreurs qui rendent Nirvana humains, comme le prouve le petit sourire de Cobain quand il demande à la foule de clamer « Courtney we love you »... à moins que ce ne soit justement cette image simple et naturelle qui en ait fait une légende ?
Sans doute, mais les chansons y sont également pour beaucoup, et certaines comme « On A Plain » prennent ici une toute autre dimension, avec une portée mélodique toujours aussi efficace. La fin de concert est en roue libre et a des reflets de chaos. Des titres sans concession comme « Negative Creep », « Stay Away », « D7 » puis « Territorial Pissings » viennent achever de convaincre que Nirvana, c'était le rock. Pas de shorts ou de bandanas à la Axl Rose, d'effets pyrotechniques à la Pink Floyd, de moustache à la Queen ou de tournée d'adieux pendant 20 ans à la Johnny. Juste des bonnes chansons. Un joli témoignage live, qui rendra nostalgiques tous les fans du groupe et de ce qu'il représentait. Mais les fera enrager aussi. Parce qu'en montrant ce DVD comme démonstration de rock à leurs petits frères / fils adolescents et adeptes de Tokio Hotel, Avril Lavigne ou Linkin Park, ils risquent bien de se faire appeler « vieux con» pour la première fois. Les temps changent...
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
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