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Opeth : Watershed
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Opeth : Watershed ( Roadrunner )

Allez-y, tentez vous aussi l’expérience : la prochaine fois qu’un ex-rebelle devenu fonctionnaire, avocat ou, pire, employé d’une mairie UMP vous branchera, passablement éméché, à une soirée verre à la main genre « ‘tain, tu as un look de métalleux toi ! Mais il existe encore des groupes qui font truc intéressant depuis Manowar ?! », jetez-lui au visage, tel Cyrano de Bergerac son dédain au comte de Guiche, le nom d’Opeth. Puis tournez les talons d’une façon théâtrale. Effet garanti.

Car oui, même si pour des raisons un peu obscures (on pointera le contexte d’alors) ces Suédois furent d’abord dans le milieu des années 90 vaguement - mais très vaguement einh ! – catapulté dans la catégorie ‘black-metal’, depuis leur premier album Orchid ces intellos, ou plutôt leur chanteur/guitariste Mikaël Akerfeldt désormais seul rescapé de la formation originelle, se sont toujours donné du mal pour obtenir leur carte de membre à un club tout aussi isolé mais nettement moins porté sur les cornes de bouc et les peintures faciales de pandas tristes : le rock progressif. Et si sur leurs premières œuvres, ils ne semblaient n’avoir retenu de ce style trop souvent honni pour les critiques rock parisianistes préférant perdre leur temps dans de misérables émissions de télé réalité plutôt que de défendre le rock –le vrai ! – que la longueur excessive des morceaux et une certaine proportion à empiler les riffs les uns sur les autres, depuis le tournant du siècle et le mirifique Blackwater Park (produit, étonnement, par Steven Wilson de Porcupine Tree !) le papillon est enfin sorti de sa chrysalide.

Et justement, leur huitième bébé Watershed confirme ce constat, ne serait-ce qu’en décontenançant d’entrée de jeu le pauvre auditeur sans défense qui se sera jeté dans ce maelstrom de sons et d’ambiances sans avoir au préalable attaché sa ceinture de sécurité. Parce qu’attention, c’est du costaud ce machin-là, du genre à prendre des virages à 180° à chaque morceau et à s’amuser à prendre à contrepieds tout le monde, notamment en commençant la séance par un titre acoustique de trois minutes à l’ambiance très pastorale et aussi metal qu’une chanson de Tino Rossi, Akerfeldt donnant alors la réplique à une jeune donzelle tout en caressant sa guitare acoustique d’une façon très sensuelle, ambiance ‘Nick Drake au coin du feu avec une bouteille de champ’ à portée de main’. Presque l’accalmie avant la tempête, tant ce petit instant de grâce suspendue est peut-être le seul du disque où l’on peut respirer sans avoir peur de ne plus reconnaître le groupe que l’on écoute la seconde d’après. Parce qu’après, c’est la foire, certes engoncée dans des habits de soirée étincelants et délicieusement nacrés de folk scandinave et de rock 70’s (ah ! Ces nappes de mellotron belles comme des descentes de lits en soie…), mais la foire quand même. Surtout lorsque Akerfeldt caresse de sa voix les anges une seconde puis grogne comme un démon la suivante.

Alors même si Watershed ne s’adresse qu’aux auditeurs exigeants, il prouve brillamment une chose : c’est que oui, la fusion entre metal et rock progressif est possible et qu’il existe une alternative à la branlette démonstrative et plein d’esbrouffe d’un Dream Theater. Rien que pour ça, remerciez Opeth de vous offrir une cinglante réplique la prochaine fois qu’un abruti en costard ayant bu un verre de trop vous titillera sur vos goûts musicaux.
Olivier badin

Olivier Badin


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 Artiste
 Opeth


 Chronique(s) Date publication
 Opeth : Watershed 16/06/2008


 News Date publication
 Opeth en concert 21/11/2008
 Opeth chez Virgin megastore 28/05/2008



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