|
Orelsan : Perdu d’avance ( Wagram )
A force de polémiques et de people-isation, on oublie parfois que les artistes font aussi de la musique. Orelsan a souffert du syndrome Jackson–Spears et c’est bien dommage. Car pour une chanson moyenne écrite il y a 3 ans, le rappeur de Caen en a 14 sur son album qui valent vraiment la peine d’être écoutées. Enfin, si on a un peu de 2nd degré…
Il se définit comme ça : « Orelsan, 25 ans, célibataire, rappeur, craqueur, sous pression, amateur de films amateurs. Mon seul moyen d’expression, c’est de m’enfermer sur moi-même. Des fois je rappe, des fois je fais des sons, des fois une dépression» (Différent). C’est tout dire ! Mais seulement si on s’arrête au phénomène internet ! Entre Pierre Richard et Peter Pan, Orel est un MC bien plus compliqué et réellement talentueux. A y écouter à deux fois, sa vision de la vie, dépressivement drôle, est bien moins simpliste qu’il n’y parait. Et surtout, il vise juste à chaque fois ! Oui, il parle (à) d’une certaine génération. Mais à voir le public de ses concerts, force est de constater que jeunes, vieux, blacks, blancs ou beurs, tout le monde peut se sentir concerné par ses lyrics !
Enlevons d’abord son étiquette de « rappeur rigolo ». A y regarder au microscope, on a plus affaire à un Eminem français torturé qu’à un Kamini ou à un James Deano. Avec son rap white trash, génialement produit par son pote Skread, il explique comment ado, il s’est ennuyé vraiment très très profondément, atteint de la dépression des petites villes de province. Ce qu’il explique dans «No Life» ou sur «Soirée ratée», deux titres qui parlent forcément à tout le monde, tant ce genre de plans moisis font partie de l’existence. Pour le pire est également criant de vérité. Car si toutes les filles ont envie d’un peu de sincérité, elles savent aussi qu’il vaut mieux éviter de savoir ce qu’il y a vraiment dans la tête des mecs…
Sur Différent et Changement, il assume pleinement son rôle de chroniqueur d’une génération désenchantée et, forcément, en fort décalage avec celle de ses parents. Mais si ses lyrics sont aussi acérés que percutants, il n’oublie pas pour autant que dans le rap, il est aussi question d technique. Et le jeune homme ne manque pas de flow ni de punchline pertinentes, comme il l démontre sur les bien egotrips «Jimmy Punchline» ou «Logo dans le ciel». Oui, Orelsan est un rappeur complet qui a su trouver des thèmes encore peu exploités dans le Hip-Hop. Et rien que pour ça, on devrait lui faire une ola !
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
|