|
Peter Von Poehl : May Day ( Tôt ou Tard )
L'ancien guitariste d'A.S. Dragon avait un peu la pression pour cet album. Le cap du second opus est toujours délicat, d'autant plus quand il doit succéder à une réussite comme Going Where The Tea Trees Are. Pourtant, à l'écoute de May Day, c'est un sentiment de sérénité qui nous envahit.
Pas vraiment perdu entre pop, folk et rock, PVP (c'est plus simple comme ça) a mis son talent dans son sac à dos et s'aventure joyeusement sur chaque chemin. Rien n'est pré-défini, les trajets sont peut-être dessinés mais il les fait se croiser et se les approprie tranquillement. Emplis de sincérité, les morceaux ne sont pas aussi dépouillés qu'ils voudraient le faire croire. Faussement naturistes, ils ont en fait revêtus leurs plus beaux apparats, avec des arrangements superbes, toujours discrets mais pondérants, à l'instar du magnifique final "An Eye For An Eye".
Intimiste, May Day est de ces albums qui deviennent instantanément personnel pour l'auditeur. Chaque chanson pourrait correspondre à la bande-son d'une journée, peut importe l'état ou l'humeur. Et un titre comme "Parliament" figurerait sans soucis aucun au générique d'une comédie indépendante américaine, du genre de celles qui vous mettent un sourire encore plus intense que celui du Joker sur le visage. "Moonshot Fails" est dans cette même veine joyeuse et acidulée, tandis que certains titres dégagent une atmosphère plus nostalgique, mais jamais dépressive.
C'est là le principal attrait de la musique de PVP. Il parvient à passer d'un état à l'autre sans que cela ne soit jamais ni tout blanc, ni tout noir. Sa présence est limpide sur chaque chanson, que les sonorités de sa voix guident, comme sur la belle "May Day", la géniale "Near The End Of The World" (qu'un certain Dave Grohl des Foo Fighters n'aurait pas reniée) ou la sublimissime "Elisabeth".
Les passages instrumentaux s'avèrent être de parfaites transitions, et au final les petites 41 minutes que durent ce disque s'écoulent aussi paisiblement que des gouttes d'eau dévalant le long de la queue d'une sirène en train de faire bronzette à l'ombre d'une centrale nucléaire.
Son nom peut faire penser à une petite annonce. Il suffit de le prononcer "Peter vend poêles" ou "Peter vend poils", et des ménagères ou des ados en quête de puberté s'empresseront d'écouter son disque. Ils auraient bien raison de s'y précipiter. Car PVP a bien quelque chose à revendre: du talent.
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
|