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Radiohead : King Of Limbs ( Beggar's )
A voir la frénésie entourant la sortie digitale prématurée du dernier Radiohead, on sait qu'on a affaire à du lourd. D'autant que le groupe ne provoque jamais l'indifférence. D'un côté, on a les fans hardcore, convaincus du génie absolu des Anglais. De l'autre, les allergiques, prêts à fracasser la tête de poussin borgne de Thom dès qu'il ouvre le bec. Et au milieu, il y a la critique tentant de juger ce huitième album studio avec un peu de recul alors qu'elle se l'est pris dans le museau en même temps que le public.
Depuis longtemps Radiohead ne joue plus la carte de l'album recélant des pépites qu'on lui réclamera en live ad vitam eternam. Dommage, car dans le registre rock à guitares ambitieux avec morceaux suffisamment complexes pour satisfaire les écoutes répétées, les petits gars assuraient. Mais lassés par une adulation de masse trop facile, ils ont décidé d'opter pour l'indépendance et l'expérimental, récupérant assez de points de crédibilité pour durer une carrière, même s'ils ne faisaient plus que de la polka au kazoo.
Ce qui nous amène à King Of Limbs, qui, avec 37 minutes au compteur, réalise la prouesse de sembler long sauf si l'on adore les bidouillis électroniques, le chant façon mélopée plaintive et les mélodies qui ne décollent pas. On hésite entre confusion et ennui et à lire la tiédeur de critiques du style "euh, faut l'apprivoiser" ou "à réécouter pour se faire une idée", on sent la crainte d'avouer qu'on n'a pas aimé au risque d'avoir l'air d'un inculte passé à côté d'un chef d'œuvre.
Désolé, il doit nous manquer des neurones pour goûter au génie du groupe. Dans le passé, Radiohead a prouvé avec Ok Computer, Kid A ou Amnesiac qu'on pouvait combiner ambition, expérimentation et musique qu'on aime sans se poser trop de questions. Cette fois, on se sent face à la bande-son d'une expo d'art contemporain abstraite qui signifie quelque chose pour son créateur, mais pas pour le commun des mortels n'habitant pas dans sa tête. Il y a Bloom, sorte de marche propulsée par des bruitages répétitifs ; le beat plus urgent de Morning Mr Magpie ou Feral dont le côté obsédant pourrait taper sur les nerfs ; Lotus Flower qui n'en finit pas de commencer ; et à mi-parcours, on se rend compte que la plupart des morceaux reposent sur la même structure : électro crachotante pas très nouvelle au tympan, échos à gogo, boucles et répétitions.
King Of Limbs pourrait fasciner s'il n'y flottait pas un parfum d'ennui et de paresse. Et malgré ses velléités d'expérimenter sans limites, il est au fond très uniforme. Allez, Thom, on va te lancer un défi pour le prochain. T'es pas chiche de rebrancher les guitares !
Isabelle Chelley
Isabelle Chelley
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