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Scissor Sisters : Night Work ( Universal )
Les Sisters reviennent avec un troisième album qui aurait dû être le quatrième. Retour sur une naissance douloureuse, mais réussie.
Après s'être imposés avec l'album Ta-Dah comme les nouveaux chantres absolus du "camp" (mouvement esthétique gay-mais-pas-que mêlant ironiquement kitsch et décadence – à croire que la définition a été inventée pour eux), les Scissor Sisters s'en sont retournés à leurs pénates pour lui tricoter fissa un successeur. Hélas, après avoir passé tout 2008 et une partie de 2009 au chevet de cet hypothétique troisième album, Jake Shears et ses petits camarades ont fini par jeter l'éponge, prétextant qu'ils ne sentaient décidément pas bien les chansons qu'ils avaient pourtant mis près d'un an et demi à écrire. Quand ça veut pas, ça veut pas.
Et plutôt que s'acharner à bricoler des morceaux désespérément bancals, les Sisters ont préféré tout jeter et repartir de zéro en juin 2009, en appelant à la rescousse Stuart "Thin White Duke/Jacques Lu Cont/Les Rythmes Digitales" Price, maître incontesté es disco numérique et autre électro pas neuneu, qu'on a pu voir s'illustrer sur le Confessions on a Dancefloor de Madonna et plus récemment encore sur le troisième album des Killers. Les sessions de ce qui allait devenir Night Work pouvaient enfin commencer.
"Night Work", ou "Working Class Hero" version gay, entame d'ailleurs l'album sur un postulat inédit : quand faire la fête devient un turbin à plein temps. Pas le temps de lambiner, donc, ce troisième album attaque d'entrée sur un gros hymne disco rock bien burné dans une orgie de synthés et de guitares, avant de lever un peu le pied des bpm pour un "Whole New Way" plus lascif, posé sur une ligne de basse synthétique qu'on croirait tout droite échappée du "Stylo" de Gorillaz (et/ou de la discographie d'Imagination, au choix).
Sur "Fire with Fire", les Sisters montent déjà en level sur cette espèce de méta-single réunissant à lui seul un chant à la Robbie Williams, des structures à la The Killers (on pense – un peu trop – à "Human", produit par… oh tiens : Stuart Price !), un petit riff trempé de réverb' à la U2 et même des fausses intonations à la Elton John. Pendant ce temps, Price, planqué en embuscade derrière ses machines, bloque tous les compresseurs sur 1985. Plus rude d'approche, Night Work distille son amour vache sur des dancefloors en béton et donne au disco sexy des Américains des allures martiales ("Harder You Get", "Something Like This", "Skin Tight"…), de fait que les Sisters sonnent presque moins "Scissor" que "of Mercy". Même sur un titre clairement inspiré B-52's ("Nightlife"), le voile gris est de rigueur. On verse d'ailleurs carrément dans le cryptique sur l'ambitieuse pièce de fin, "Invisible Light", qui clôt brillamment ce Night Work compact et hypnotique.
Michael Rochette
Michael Rochette
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