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Slipknot : All Hope Is Gone ( Roadrunner )
Ah ça ils ont fait peur à beaucoup de monde les pantins désarticulés de Slipknot lorsqu’ils ont débarqué avec perte et fracas sans crier durant l’été 99. Neuf ( !) types en combinaison de chantier, deux de plus et on avait une équipe de foot, dont deux percussionnistes tapant avec des battes de baseball sur des bidons d’acier. Presque des bêtes de foire sorties de nulle part, de Des Moines au fin fonds de l’Iowa, l’équivalent américain de notre bonne vieille Creuse en fait. Mais surtout des anonymes, tous affublés d’un masque individuel et se foutant régulièrement sur la gueule en concert qui avaient alors donné un sacré coup dans la fourmilière néo-metal dont le feu sacré était déjà en train de s’éteindre.
Neuf ans plus tard, non seulement tous sont encore en vie mais qu’en plus, aucun n’ait (encore ?!) quitté le navire. Ce quatrième album tient donc presque du miracle, alors que l’emploi du temps de nos désormais neuf rock stars est devenu aujourd’hui très compliqué, entre les projets parallèles des uns (Stone Sour, Murderdolls) et les piges des autres (Ministry, Korn). Par contre, on sent bien que pour survivre leur dynamique interne a dû être légèrement repensée. Si pour leurs deux premiers skeuds, on sentait bien que le ‘papa’ du lot, le percussionniste Shawn ‘clown’ Crahan, tenait fermement la barre et s’autorisait donc quelques saillies limite expérimentales et surtout assez bruitistes, ce sont désormais le guitariste Jim Root et surtout le chanteur Corey Taylor qui mènent la parade. Moralité : malgré son titre ô combien pessimiste (‘tout espoir est perdu’), cette nouvelle galette se rapproche musicalement quand même beaucoup de Stone Sour, le joujou de Root et Taylor, seul aparté ‘Slipknotienne’ qui ait su remporter un véritable succès commercial, au point d’ailleurs de, limite, de menacer son grand frère.
Alors sans non plus dans le sirupeux baveux formatée pour les radios US (quoique la ballade « Snuff » là euh…), c’est clair que ce nouvel recueil est plus rond aux entournures. Bien sûr, cela poutre toujours gentiment dans les recoins les plus sombres (l’entrée en matière « Gematria ») et le premier single (« Psychosocial ») est aussi efficace que prévisible mais pris dans son ensemble, l’écrin est plus soyeux, plus accessible et plus posé. Par contre une nouvelle fois, en bourrant ce disque ras-la-gueule (top rentabilité certes mais bon) et en y laissant traîner deux ou trois titres plus dispensables, que l’on aurait mieux fait de laisser en face B d’un quelconque maxi par exemple, ‘All Hope Is Gone’ perd un peu son punch initial sur le long terme. M’enfin, je chipote et puis de toutes façons, les fans se sont déjà jetés dessus. D’ailleurs, la bestiole vient d’atterrir à la troisième place de nos charts nationaux, tous styles confondus ! Alors même si leur côté incontrôlable et spontané n’est plus qu’un lointain souvenir, rien que le fait que Slipknot ait réussi à se taper l’incruste même dans des foyers où jusqu’à lors pointaient seules les mélodies du générique de ‘Vivement Dimanche’ fait de ‘All Hope Is Gone’ un disque évènementiel.
Olivier Badin
Olivier Badin
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