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Slipknot : (sic)nesses
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Slipknot : (sic)nesses ( Roadrunner )

Malgré une année particulièrement noire, Slipknot a su se relever et avant de reprendre la tête du Sonisphere Festival cet été, les Sinister 9 sortent leur quatrième DVD.

Pour Slipknot et leurs fans, 2010 sera marquée à jamais par la tragique disparition de Paul Gray, le bassiste frappé du numéro 2. Non seulement ce quatrième épisode de la vidéographie de Slipknot lui est évidemment dédié, mais deux courtes featurettes lui seront même exclusivement consacrées : un petit montage d'archives et une interview qui vaut plus pour l'hommage que pour les informations qu'elle contient (on y voit le bassiste dire du bien de tous ses camarades), et dont certaines phrases comme "je sais que je ne ferai pas ça toute ma vie, il y aura bien un moment où ça va s'arrêter" trouvent dans ce nouveau contexte un écho tragique. Les deux vidéos se terminent par la même épitaphe, "notre frère sera grandement regretté", trahissant chez les membres restant une peine allant bien au-delà de cette citation un peu lisse. C'est cette douleur sourde qui va planer sur tout le DVD et jeter une nouvelle lumière (noire) sur le visionnage des autres chapitres. Dans le documentaire, on traque la moindre des apparitions du bassiste, dans le concert on a l'impression que plus de plans lui sont consacrés qu'à l'accoutumée, etc…

Le reste (l'essentiel, même) du contenu de (sic)nesses n'est pourtant pas axé sur l'apitoiement. Le nouveau documentaire signé Shawn Crahan (alias le Clown) prend la forme d'un journal de bord qui nous fait revivre la dernière tournée du groupe côté coulisses. Pour quelqu'un qui tenait tant à conserver l'anonymat qui conférait toute sa mystique à Slipknot, le Clown nous offre dans (sic)nesses un regard privilégié de l'autre côté du masque, dans l'intimité du groupe dans ce qu'elle a parfois de plus banal. Le montage s'amuse d'ailleurs à alterner habilement les moments de furie sur scène et d'autres passages avec les mêmes membres dans des situations beaucoup moins excitantes (au resto, dans les loges, en train de se faire des blagues ou de bidouiller leurs iPhones confortablement avachis dans un canapé…). Une nouvelle occasion de rappeler que derrière le décorum démoniaque de façade, l'ambiance en tournée se rapproche plus de la colonie de vacances que de la messe noire.

Quant au deuxième DVD, il abrite pour l'essentiel – avec les clips des singles de All Hope Is Gone et un making of – le concert donné par les Sinister 9 en 2009 en tête d'affiche du Download Festival à Donnington, lieu dont certains se souviendront pour avoir été le théâtre d'un concert mythique d'AC/DC quelques dix-sept ans plus tôt. C'est aussi la deuxième fois (avec Disasterpieces) que Slipknot choisit de capter un concert en Angleterre. Il faut dire que les autochtones connaissent leur metal et savent mieux que quiconque en célébrer les plus dignes ambassadeurs. Au total, ce sont donc 80 000 âmes (damnées, forcément) qui se sont massées devant la scène immense pour communier pendant une heure et demie avec les neufs de DesMoines, au son de leur psaumes faussement sataniques (mais réellement furieux). Durant tout le concert, Corey Taylor fera encore étal de toute son impressionnante puissance vocale, tout en haranguant savamment la foule au moyen de force "fuck" (ce qui n'est qu'une façon chez lui d'amplifier encore la portée et la sincérité de ses propos). Montés sur scène en plein jour, ils termineront la prestation alors qu'il fait nuit noire, comme s'ils avaient eux-mêmes invoqués les ténèbres. Au terme d'un concert sans temps mort qui aura vu s'enchaîner leurs titres les plus mythiques mêlés aux extraits du récent All Hope Is Gone ("The Heretic Anthem" fera notamment les frais de ce remaniement de setlist), Slipknot enfonce le point final sur un dantesque "Spit it out", avec un "jump da fuck up" (Taylor fait s'accroupir toute la foule avant de lui ordonner de se relever d'un coup) d'anthologie digne d'être gravé à même la façade du siège de Guinness.

Avec ce quatrième témoignage vidéo, Slipknot tourne donc (de force) une page de son histoire. Et si plus rien ne sera jamais comme avant, on ne peut que respecter la décision des Neuf de DesMoines de poursuivre leur destinée.

Michael Rochette

Michael Rochette


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