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Superheavy : Superheavy
Superheavy, c'est ce qu'on appelle un all-star band. Ça veut dire que dedans, y a que des stars. Sur le papier, ça ressemble au casting d'un film dans lequel figureraient Johnny Depp, Brad Pitt, George Clooney, Edward Norton, à une équipe de foot achetée par des quataris qui s'offrirait Messi, C.Ronaldo, Rooney, Ibrahimovic, ou encore à un harem constitué de Natalie Portman, Scarlett Johansson, Virginie Ledoyen et Emma Stone.
Il y a bien une Stone dans Superheavy, mais c'est la chanteuse Joss plutôt que la jolie actrice Emma. Il y a aussi un Stone, en la personne de Mick Jagger himself. Il y a même un Eurythmics, Dave Stewart. Alla Rakha Ramhan est moins connu, mais c'est quand même le gars qui a fait la B.O. De Slumdog Millionaire. Et puis il a Damian Marley. Lui c'est pas une star, mais son nom est au top de la coolitude, et comme son père avait une bonne excuse pour ne pas participer au projet, il s'y est collé. Voilà donc un sacré melting-pot. Reste à voir comment la tambouille va prendre entre tous ces artistes accomplis. Et Damian.Et ça ne part très bien. Le morceau d'intro éponyme vient marteler "We're Sperheavy", au cas où l'auditeur ait encore un doute après avoir introduit le disque à la tête de lion. Et Damian présente chaque membre du groupe, histoire de bien rappeler qu'il va falloir tendre l'oreille et bien écouter les stars qui sont sur ce disque, et résister à l'envie de zapper tous ces titres qui font plus que se ressembler. La première surprise, c'est donc de découvrir le chant de Damian, qui fait du raggae. Choix audacieux, et pas la peine de se demander si il parvient à tenir la comparaison. Il s'en sort quand même, et accapare le micro tout le long du disque. C'est bien simple, sur les quatre premiers titres, on a l'impression de s'écouter son album solo avec des featurings de luxe sur chaque chanson. Joss Stone est en effet consignée à quelques couplets, sur lesquels elle est efficace avec son timbre éraillé si particulier (Rock Me Gently). Dave Stewart est également aux abonnés absents. On notera son apport sur Can't Take It No More, où il fait des riffs à la Eurythmics et où Jagger chante comme dans les Stones. Même constat pour AR Rahman, qui chantonne sur quelques couplets, et dont on reconnaît la patte sur Satyameva Jayathe. Bref, les individualités ne s'expriment pas, ou mal (Jagger, Stone et Marley s'auto-parodient sur I Don't Mind), et sont noyées dans un ensemble qui ressemble plus à un jam entre potes qu'à un vrai album ou un vrai groupe. En vrai, Superheavy a plus des allures de publicité Benetton ou d'affiche de campagne pour les bienfaits de la mondialisation.Imaginez que vous êtes dans votre appartement. En-dessous de chez vous, c'est un restaurant indien, qui balance de la musique du pays toute la journée. Au-dessus, c'est Spiff, votre voisin dealer de shit qui n'a apparemment qu'un disque chez lui: le best of de Bob Marley. A côté c'est Eugène, le cinquantenaire employé dans la fonction publique, responsable du syndicat de l'immeuble et fan des Rolling Stones, qu'il écoute dès qu'il se sert un Ricard. C'est-à-dire souvent. Et pendant que vous êtes dans votre salon, au milieu de ce tintamarre, votre copine est sous la douche et pousse des cris parce que le mitigeur fait des siennes et alterne eau chaude et eau froide. Ce bordel sonore, c'est Superheavy. Ca vend du rêve hein?
Sébastien Delecroix
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