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Susan Boyle : I Dreamed a dream
Suzan Boyle

Susan Boyle : I Dreamed a dream ( Sony/BMG )

Bon, l’heure est grave. Depuis quelques années, les ventes de cd ne cessent de dégringoler. Sony a décidé de réagir et lance sur le marché le fruit d’une longue réflexion marketing en la personne de Susan Boyle. Et bingo, cela fonctionne.

Il paraît que l’une des explications de la chute de l’empire cd est l’attitude irresponsable du jeune qui met en pratique ses cours d’informatiques du collège pour aller sur des réseaux pirates ou Jack Sparrow met en libre-service depuis les Caraïbes les derniers albums de ses chanteurs préférés. Du coup, il n’achète plus d’albums et les maisons de disques ne sont pas contentes. Il fallait réagir. Alors, Sony a eu l’idée ultime : proposer des artistes à des personnes qui ont eu cours de tricots dans leurs jeunes années et qui, du coup, pigent que dalle à l’informatique, en locurence, les vieux. Les vieux, c’est super ! Ils ne savent pas télécharger et vont toujours dans les magasins acheter des albums, même s’il n’y a plus les grands disques tout noirs avec l’étiquette en papier au milieu.

Après Bénabar qui s’était occupé des jeunes vieux, voici donc Susan Boyle qui attaque le créneau des vieux vieux. Résultat, la chanteuse est première dans les charts anglais, canadiens, suisses, australiens, néo-zélandais et américains, réduisant les chanteurs spécialisés dans le jeune petit con au ridicule. Seul problème, le vieux ne sait pas non plus télécharger sur Itune. Mais ce n’est qu’un détail qu’il faudra régler plus tard. Quoique vu le pourcentage que prend Apple, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose.

Mais c’est qui Susan Boyle ? Au journaliste d’investigation musical de se lancer dans une grande enquête sur Wikipedia et de découvrir le pot aux roses. D’abord, Susan Boyle s’appelle en vrai Susan Boyle, elle est née au début des années 60, c’est-à-dire il y a très longtemps. En découvrant sa photo, horrifié, il découvre qu’elle ne se maquille pas comme une poupée Barbie, s’habille à la Redoute et n’est très pas belle. « C’est bon ça Coco », se disent les marketeux, « les vrais gens vont pouvoir se retrouver en elle, voir se dire qu’ils sont quand même plus beaux, plus jeunes. Ils vont être pris de compassion et acheter ses disques par solidarité». En allant plus loin dans la page Wiki, c’est-à-dire la troisième ligne, le journaliste comprend que la Susan a presque gagné un concours télé, Le Britain’s got talent. Traduction : il n’est même plus obligatoire de gagner pour être célèbre ou de sortir d’une famille d’artistes pour être une star. La preuve, Susan Boyle est né à Blackbird en Ecosse et est la cadette d’une famille de neuf enfants, elle connaît le chômage, les karaokés du samedi soir, chante à la paroisse et son grand moment de gloire fut sa prestation ou elle a chanté « I don’t know how to love him » lors de l’anniversaire de mariage de ses parents même pas divorcés. Bref, à côté de Susan Boyle, Cosette est une enfant gâtée.

Mais finalement tout va ensuite très vite, Susan se retrouve à la télé, perd le concours, rencontre le petit génie marketing de Sony, enregistre un album, bénéficie de la fameuse réflexion de la maison de disques et c’est la consécration, la gloire, l’argent et peut être même les mecs.

Et l’album là-dedans ? C’est quoi au juste. Hop, le journaliste envoi la galette dans le lecteur et écoute. Bon, en gros, on ne peut pas dire que cela soit très original puisque ce ne sont que des reprises mais elles sont savamment choisies. Cela commence par une chanson des Rolling Stones pour faire bad girl (Wild Horses, pas la plus extrême des pierres qui roulent…), une reprise de Madonna, histoire que mamy se la pête devant ses petits-enfants, des choses plus classiques que tout le monde connaît (Cry me a river), des moments solennels qui ne rigolent pas (Amazing grace) et à la fin, Silent night ( oh douce nuit en français) dans une version recouverte d’une chappe de plomb à base de chœurs qui n’auraient pas dépareillés lors de l’enterrement de Winston Chrurchil. C’est clair, cela crée une ambiance spéciale pour le tea time avec les copines en retraite de la paroisse, un truc un peu sérieux qui changes des habituelles nymphettes qui ne savent pas chanter. Bref, c’est pile poil dans la cible, c’est imparable.

Maintenant pour finir, le journaliste se penchera finalement sur la pochette et découvrira une Susan rigolarde, savourant sa victoire et se foutant sûrement des petits jeunes qui ne vont avoir désormais à télécharger que de la musique pour vieux sur le net. Sony a compris que pour vendre des disques, il fallait enregistrer des disques pour ceux qui en achètent. Ce n’est pas obligatoirement une bonne nouvelle pour les kids mais c’est quand même peut être l’avenir. On rigole déjà avec le trio de prêtres irlandais The Priests qui ont signé un énorme contrat… chez Sony, justement.

Frédéric Fahy

Frédéric Fahy


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 Artiste
 Suzan Boyle


 Chronique(s) Date publication
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