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Têtes Raides : L’an demain ( Tôt ou Tard )
« Toujours jamais à l’heure », à la fois surprenants et d’une rassurante constance, les Têtes raides font du Têtes raides, entre chanson et rock…
Vingt trois ans quand même, qu’on la suit, la bande à Christian Olivier ! Et après le onzième album studio, c’est toujours le même plaisir de les retrouver, sur disque comme pour ces concerts attendus, qui sont à chaque fois d’incroyables aventures humaines. Parce que, dans un monde où les artistes marquants et marqués disparaissent (Mano Solo) ou se dissolvent (Noir Désir), la longévité d’un groupe qui fait autant de bien, ça rassure, ça réchauffe le cœur. D’autant qu’au fur et à mesure des années, le groupe s’est à la fois bonifié et a opéré un joyeux changement dans la continuité. Le changement, c’est de sans cesse jongler avec les style, du le punk au rock alternatif en passant par la chanson réaliste, flirtant parfois avec la musette et même des touches d’electro. La continuité, c’est cette poésie toute magique des mots, qui touche dés le titre de cet album, par exemple, avec un jeu de mots truculent comme ils les aiment : L’an demain.
Ici, l’on a l’impression que le groupe a tenté (et réussi) de n’offrir que la substantifique moelle de leur création. Après un Fragile très rock et parfois déconcertant pour les fans et un Banco plus chanson et traditionnelle, L’an demain se révèle à la fois plus intime, plus poétique et d’un engagement plus nuancé. Le verbe se tort et bondit sur la déclaration d’amour enflammée et empreinte d’une furieuse urgence de Pas à Pas, sur le doucement politique et toujours très universel Maquis ou sur l’éponyme L’an demain, magnifique ode « à la nuit où tu t’enfuis, ruée d’étoiles en plein midi » où, « dans la fumée des projecteurs, on est toujours jamais à l’heure. » Du côté de l’exceptionnel, de ces titres-tatouages dont on sait, dés la première écoute, qu’ils seront gravés dans nos têtes et nos cœurs, il y a Emma. Une ronde de vers et de verbes portée aux nues par un génial duo avec la voix craquelante mais toujours aussi touchante de Jeanne Moreau. Un petit bout de paradis.
Il y a donc de la belle permanence sur L’an demain. Dans la chanson mais aussi du côté rock et gamin comme sur ce J’m’en fous complètement électrique où il est question de bananes flambées et d’yeux à la coque. Ou comme ce So Free, véritable hommage en anglais à leurs origines punk. Mais l’on trouve aussi de vraies nouveautés. Un ska-rock bien ensoleillé avec Angata. Un Olé aux rythmes andalous. Ou un Je voudrais qui, chose unique, a été écrit par un poète anonyme qui a déposé ce poème sur la rue, il y a quelques années, sur le répondeur du Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet, sur France Inter. Les changements, c’est aussi une nouvelle base rythmique grâce à l’arrivée du bassiste Antoine Pozzo di Borgo (passé par le Jim Murple Memorial) et du batteur Eric Delbouys, venant accompagner Serge Bégout à la guitare, le trombone Pierre Gauthé ou encore le violoncelle d'Anne Gaëlle Bisquay. Pour du beau, du bon, du galvanisant Têtes Raides !
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
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