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The Roots: Undun
Plus cinématographiques, conceptuels et fictionnels que jamais, The Roots tentent de nouvelles expérimentations structurelles, démontrant que leur créativité ne sera jamais égalée.
Depuis sa création à Philly en 1987, The Roots n'a jamais cessé d'évoluer. Chose unique en son genre, le groupe n'a jamais eu le même nombre de membres d'un album à l'autre. Black Tought et Questlove restent les pierres angulaires de ce bel édifice qui a vu défiler des musiciens, producteurs ou rappeurs aussi divers que J Shine, HUB (alias Leonard Hubbard), Malik B (alias Malik Abdul-Basit), Rahzel (The Godfather Of Noyze), Scratch (alias Kyle Jones), ou Scott Torch. Et encore, on ne compte pas ici les multiples collaborations avec des Erykah Badu, Jill Scott, Mos Def, John Legend ou Guru. Pas étonnant, donc, qu'en dix albums, le combo de jazz-rap-neo soul ne nous a jamais habitués à rien. Oui, il existe un son "The Roots". Mais, découverts via le tube You Got Me sur Things Fall Apart en 1999, ils ont trimballé leur discours très construit sur des beats ultra originaux, sans jamais se répéter.Si on se penche sur leurs œuvres, il est clair que l'ambiance n'a jamais été la même d'un opus à l'autre. Phrenology était très cérébral, Game Theory plongé dans une brume à la fois mélancolique et colérique, How I Got Over, politisé et engagé, reflétait la fin de l'ère Bush et le début de celle d'Obama, alors que Rising Down était peut-être le plus social de tous. Après une parenthèse retro-soul avec John Legend sur Wake Up!, que pouvaient donc encore nous réserver ces génies du rap fusion, jamais effrayés par la nouveauté. Leur nouveau disque, ils l'ont, cette fois, introduit avec un triptyque vidéo reprenant les titres Make My, Tip The Scale et Stomp. Filmé en noir et blanc, ce court-métrage dresse le parcours d'un homme dont on sait, dés le début, qu'il va tuer quelqu'un. Mais aucune explication, aucun mobile, aucune morale. Sans jugement ni analyse, les Roots ont donc créé leur album autour d'une histoire, celle "d'un gamin qui devient un criminel, mais qui n'est pas né criminel (...) L'histoire d'un gosse qui interagit avec son environnement de la manière la plus sensée du monde, selon lui et à un moment donné..."Comme toujours, le discours est des plus travaillés. Mais ici, le concept est poussé à son extrême et on a vraiment l'impression d'écouter un film. Un excellent film noir. Construit sur une trame narrative inversée, le disque suit ce personnage fictif dénommé Redford Stephens qui, après sa mort, tente de trouver un sens à son existence passée. Tout débute donc par Dun et ce bip insupportable du fax qu'on appelle par erreur. On y entend ici le début d'une folie free-jazz qu'on retrouvera dans les 4 morceaux de fin: Redford (For Yia-Yia & Pappou), tout acoustique au piano, Possibility (2nd Movement), au violon et piano avec des arpèges qui rappellent du Michael Jackson, Will To Power (3rd Movement), une frénésie totalement free jazz et Finality (4th Movement), la suite de Possibility. Entre ces morceaux d'intro et d'outro magnifiques, on découvre des petits bijoux de rap sombres et galvanisants. Sleep, entre vocoder et dépouillement total, permet à Black Thought de poser sa grosse voix aux côtés de chants lointains, comme sous-marins, pour une sublime mise en abime du sommeil. On retrouve ces mêmes voix distanciées sur One Time, où la batterie de ?uestlove prend toute son ampleur. Plus soul, Kool On explose avec son sample funk, son cri chanté répétitif, ses chœurs et les flows vintage de Greg Porn et Truck North. Autres moments forts de l'album, The Otherside, qui signe le retour de Bilal en icône neo soul à la voix toujours aussi puissante et I Remember, mélange d'une voix féminine et d'un rap froid et dur qui colle parfaitement au beat bien dark. Une sorte de You Got Me 2.0.Comme toujours, les Roots réussissent à nous étonner, dans le très bon sens du terme!
Adeline Lajoinie
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