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The Strokes : Angles
On n'ose pas commencer en parlant de la pochette évoquant un nuancier de pâtes à modeler trônant sur une grille de mots croisés de Télé 7 Jeux, œuvre étonnante qui a tiré les larmes de plus d'un critique d'art frappé du syndrome de Stendhal face à tant de couleurs.
On ne va pas non plus épiloguer sur l'ambiance planant sur l'enregistrement du quatrième album des New-Yorkais, à peine moins tendue qu'un réveillon de Noël entre les frangins Gallagher juste après le split d'Oasis. Pour ceux qui auraient raté le dernier épisode de la saga Strokes, voici un petit résumé : Julian Casablancas, le chanteur, a mis en boîte ses parties vocales dans un autre studio que le reste du groupe et cette chouette bande de potes a composé les morceaux par e-mail. Mais à part ça, tout va bien entre eux… En découvrant l'album, une question nous hante : mais qui a décidé il y a 10 ans que les Strokes étaient les sauveurs du rock ? Quel grand farfelu sous acide a pu les comparer au Velvet Underground ou à Suicide ? Avec un tel pédigrée, les garçons étaient condamnés à décevoir. D'autant qu'à l'exception d'une paire de singles bien troussés, ils ont toujours peiné à composer la mélodie qui se grave dans le cortex, malgré des qualités évidentes (le groupe a un son bien à lui et de l'énergie sous la Converse, la voix de Casablancas titille agréablement le tympan). Et pourtant avec Angles, on frôle la bérézina. Si certains groupes ont tiré profit de l'adversité et la tension saturée (Jesus & Mary Chain, au hasard et arbitrairement, juste parce qu'ils ont influencé une tripotée de néo-garageux des années 2000), les Strokes jouent la carte du chacun pour soi. Julian n'est pas là ? Les autres bricolent dans leur coin des bouts de machins sonores pour fabriquer une créature de Frankenstein qui se barre en tous sens. Ça sonne comme du Strokes (waouh, il y a plein de guitares), mais à du Strokes générique, sans âme, rutilant (car, oui, waouh, il y a beaucoup de guitares et des vocaux qui s'entrechoquent) et qui pourtant peine à accrocher. Quoique. On est sévère. Under Cover Of Darkness fera un single honnête, nerveux et enlevé, purement Strokien, donc. Et puis, il y a You're So Right, la bonne surprise, l'embardée dans un autre univers où rock acéré et électro urgente, guitares et échos paranoïaques entrent en collision du côté de Joy Division. Là, enfin, on sent que le groupe a vraiment collaboré, que l'évasion solo de Casablancas lui a été bénéfique. Si les Strokes veulent survivre et rester pertinents, ils savent ce qui leur reste à faire. Et à part ça, la pochette…
Isabelle Chelley
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