|
Thomas Dutronc : Comme un Manouche sans Guitare ( Universal )
Thomas Dutronc, dont la filiation n’est plus à présenter, se lance dans une carrière musicale avec "Comme un Manouche sans Guitare".
Après avoir écrit pour les autres, notamment pour son papa Jacques Dutronc, pour Henri Salvador, et composé la bande originale du dessin animé "Les Triplettes de Belleville" avec son ami Mathieu Chédid, l'artiste sort un premier opus entre guitare et chant gitan.
L’album s’ouvre par un "Jeune Je ne Savais Rien" plutôt convaincant. Ses intonations rappellent à s’y méprendre la voix de son géniteur. Similitudes troublantes : même nonchalance, même timbre et même phrasé. La ressemblance vocale se confirme avec le single "J’aime Plus Paris", clin d’œil à la capitale encensée par un père d’une autre époque, devenu aujourd’hui indifférent à un fils en quête de silence. Avec des influences tziganes (Django Reinhardt et Hot Jazz Club en tête) et une collaboration avec Biréli Lagrène, le jeune Dutronc consacre sa dextérité à la 6 cordes. Le chanteur fait référence à de petites tranches de vie avec un humour percutant, parfois potache. "Les Frites Bordel" révèle un drôlerie poussive. Le titre débute sur un remake de "L’Été Indien" de Joe Dassin – c’est pour se moquer bien sûr– et s’achève dans une délirante cacophonie plus fatigante qu’intéressante.
Le rejeton Dutronc s’intronise ambassadeur d’un jazz manouche euphorique et brouille les pistes. Il surprend parfois par ses collaborations originales, à l’image de "Solitaires", duo très réussi avec Marie Modiano qui le porte vers des contrés pop. Ici et là, l’artiste dissémine quelques chansons « manouchifiantes » pour compléter la panoplie du parfait musicien tzigane. Mais Thomas n’est pas le fils de Françoise Hardy et Jacques Dutronc pour rien. Rattrapé par l’hérédité musicale, il l’est aussi par l’art de manier les mots. Pour preuve, une écriture délicieuse qui ravit. L’artiste de 34 ans dévoile une véritable plume, espèce en voie de disparition. La rareté du phénomène ne le rend que plus savoureux. La richesse et la subtilité textuelles de Thomas l’auteur se manifestent dans le cynisme de "N.A.S.D.A.Q." ou dans l’émouvant "Solitaires".
Thomas Dutronc va peut-être réconcilier certains des amateurs de musique française en guerre contre Vincent Delerm avec les autres artistes de sa génération. Mais celui que tous les médias qualifient déjà de révélation musicale française de la fin de l’année 2007 faillit quelque peu à sa mission. Malgré un premier album aux intentions sympathiques et agréable à écouter, le tout manque de corps.
Éloïse Bouton
Eloîse Bouton
|