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Treponem Pal : Weird Machine
Treponem pal

Treponem Pal : Weird Machine

En France, on n’a pas de pétrole mais des idées, Monsieur. Et même quelques sacrés groupes de rock industriels que nous envie le monde entier et qui sont… Royalement ignorés au pays de la baguette et du béret. On appelle cela l’exception culturelle. Enfin, il paraît…

Non, Treponem Pal – le nom latin de la bactérie responsable de la syphilis (miam !) – n’a rien inventé. Sauf que plutôt qu’attendre que Ministry, KMFDM ou Nine Inch Nails ne fassent découvrir au grand public au début des années 90 ce son froid et hypnotique propulsé par un rythme mécanique, c’est dès le milieu des années 80 que ce groupe parisien s’était mis en tête de plaquer de grosses guitares électriques sur des sonorités électroniques donnant autant envie de se prendre un goût de Rangers dans le moshpit que se donner sur la piste de dance, mélangeant punk et cold-wave ou Big Black avec Kraftwerk.

Le schtroumpf est que depuis deux décennies, leur carrière n’est qu’une suite de gigantesques malentendus. Pendant des années signé sur un label étranger sur la pente ascendante (Roadrunner), quand le groupe fini par décrocher le jackpot en signant sur une major (Warner pour ne pas la nommer) en 1997 pour Higher, c’est pour voir tous ses efforts ruinés par une distribution à l’étranger catastrophique (un comble) et surtout par un malencontreux strip-tease intégral improvisé lors d’une prestation live à l’émission Nulle Part Ailleurs sur Canal+ (la fameuse stouquette qui servira de blague récurrente aux Guignols, c’est eux) qui les rendra tricard auprès des médias nationaux. Enfin, quand les deux membres survivants du groupe décident de le ressusciter en 2007, après avoir donné dans le reggae ( !) sous le nom d’Elephant System pendant six ans, ils réussissent à débaucher pour l’occasion la section rythmique de Killing Joke pour leur nouvel album. Sauf que c’est ce moment là qu’a choisit le grand bassiste Paul Raven pour décéder subitement d’une crise cardiaque en plein enregistrement. Si ce n’est pas la mouise ça…

Avec tout ce bordel, on en oublierait presque le contenu musical de ce nouvel album à la sobriété visuelle - notez le retour de leur ancien logo et cette pochette ressemblant étrangement à celle d’Aggravation (1991) – pas si innocente. Ben tiens, en parlant d’Aggravation justement, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce Weird Machine lui traîne au cul comme un mouchard de la Stasi aux fesses d’un activiste révolutionnaire. En gros, le groupe fait ici un joli double saut en arrière de quinze ans. Fini les grosses basses ronflantes d’Higher, basta les paroles en Français, aux chiottes les boucles dub et (re)bonjour au rock industriel filant bien droit. Moralité : tout étant, de loin, le disque le plus accessible de leur carrière, Weird Machine est peut-être aussi celui qui s’essouffle le plus sur la longueur, avec son tempo désespérément carré tout le long de ces onze (treize si vous mettez la main sur la version digipack) titres manquant singulièrement de variété. Si tout commence très bien avec un “Dirty Dance“ au charme sentant certes un peu la naphtaline mais assez fatal pour le déhanchement du popotin, tout cela se met à ronfler ensuite gentiment à coups de titres propres mais un peu mollassons. Alors certes, rien de catastrophique. Et il y surnage malgré tout quelques gentilles poussées d’adrénaline, comme le plus énervé “Human Attack“ ou le très ‘Prongien’ avec sa guitare slide “Evil Angel“. Reste que tout cela manque quand même de cette fièvre et surtout de cette urgence qui permet encore aujourd’hui à leur chef d’œuvre intouchable, l’immense Excess & Overdrive (1994), de peser de tout son poids sur la scène ‘rock indus’ européenne. En gros, si il était jadis innovateur, Treponem Pal est devenu aujourd’hui pépère et casanier.

Allez, plutôt que de céder à la facilité et de lâcher un trop évident ‘c’était mieux avant nom de Diou’, on va (pour l’instant) mettre cette petite baisse de régime sur le dos d’une longue absence discographique (onze ans) qui a dû endormir un certain nombre de vieux réflexes, einh les gars ?!

Olivier Badin

Olivier Badin


     
     
 Chronique(s) Date publication
  Treponem Pal : Weird Machine 05/05/2008


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