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U2 : No Line On The Horizon ( Universal )
Quand un groupe annonce qu'il s'apprête à sortir le meilleur album de rock des 20 dernières années, qu'il va révolutionner la musique actuelle et pourquoi pas ramener la paix en Irak, ce n'est jamais bon signe. C'est même très souvent une grosse déception qui arrive sur nos pauvres platines prises en otage par l'ego de musiciens à la langue trop pendue. Mais là, le groupe qui a fait cette annonce, c'est U2. LE plus grand groupe de rock du monde. Alors quand ils se posent comme des nouveaux messies, on ne demande qu'à les croire!
Il y a pourtant eu de nombreux signes indicateurs de la faiblesse de cet album. Le premier single, "Get On Your Boots", qui est certes rock'n'roll de par son riff de guitare, n'est pas amené à rester dans l'inconscient collectif...Du coup le morceau devient le premier single de U2 à ne pas rentrer dans le Top 10 britannique dès sa sortie... depuis 1997! Et tout ce foin médiatique, ce matraquage dans les médias, avec même leur premier passage sur un plateau de télé français, est-ce que ça ne serait pas là pour combler quelques carences musicales?
Oui et non. Car U2 reste U2. La machine irlandaise est bien rôdée et demeure capable de pondre des tubes déconcertants d'efficacité, grâce notamment aux digressions guitaristiques emblématiques signées The Edge. Bono dit de lui qu'il est le guitariste à avoir le plus influé sur le son d'un groupe, et ce ne sont certainement pas des morceaux du calibre de "No Line On The Horizon" ou "Magnificient" qui vont le faire mentir. Voilà une entame d'album qui ne laisse augurer que du bon. Le titre éponyme est plaisant grâce à l'ambiance instaurée, et sera sans doute imposant en live, Bono ayant bien pris soin de mettre des "oh-oh" partout pour que les gens puissent chanter bras-dessus bras-dessous, de façon un peu trop convenu même. Car autant ne pas se voiler la face, U2 ne parviendra plus à égaler la décharge émotionnelle des choeurs de "With Or Without You".
Pourtant le groupe essaie, se bat pour se renouveler. Mais en gardant ses sonorités typiques. L'exemple le plus frappant est la chanson "Breathe", sur laquelle The Edge excelle mais où Bono se fait presque agaçant dans ses lignes de chant. Les lunettes bling-bling ne sont pas fournies avec le débit d'un rappeur, mais résistent apparemment aux ultra-sons de ses poussées aiguës. L'ensemble se veut cohérent mais est inégal. Le groupe prend le parti de placer ses morceaux les plus longs, "Moment Of Surrender" et "Unknown Caller" dès le début et à la suite. Résultat, on attend de pouvoir décoller, de s'envoler, mais à peine les pieds en l'air avec "I'll Go Crazy If I Don't Go Crazy Tonight" on retombe au sol avec la très dispensable "FEZ-Being Born", chanson pseudo-expérimentale qui aurait fait aussi tâche que Jean-Claude Van Damme à l'Académie Française si elle avait figuré sur Achtung Baby. Les irlandais se disent capables de sortir un second album dès cette année, mais si il leur reste des chansons de cet acabit, on ne saurait que trop leur conseiller de prendre leur temps...
"Magnificient" est assurément le tube de l'album, et "White As Snow" une superbe ballade qui donnerait le frisson au plus viril des échappés de Prison Break. Mais les quelques moments de bravoure offerts n'empêchent pas qu'au final, c'est bien mademoiselle déception qui pointe le bout de son nez. Non pas que No Line On The Horizon soit un mauvais album, mais il n'est qu'un album moyen de U2. Et on attendra toujours plus de U2, surtout après leurs déclarations prophétiques. Comme quoi la musique géniale, ce sont ceux qui en parlent le plus qui y parviennent le moins.
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
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