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V.V. Brown : Travelling like the light ( Universal )
La vie est injuste. Pour un petit gros roux, chauve et aigri qui rame tous les mois pour payer son loyer et remplir son frigo, il y a quelque part de l'autre côté de la Manche une grande et splendide princesse nubienne dotée d'un cœur et d'une voix d'or ; sans parler d'un talent qui frôle d'autant plus l'indécence qu'il déborde allègrement du seul domaine musical (car la belle est aussi auteur de bande dessinée, designeuse de mode, mannequin…).
Vanessa Brown, alias V.V., est donc ce qu'on appelle dans le jargon "un monstre" : belle, talentueuse et intelligente à la fois (son Q.I. dépasse à l'aise ceux cumulés de toutes les candidates d'une saison française de La Nouvelle Star), miss Brown est encore ce qui se rapproche le plus de la définition d'un mutant, au sens darwinien – ou X-Men – du terme, c'est-à-dire un magnifique spécimen d'évolution. Et vous pensez bien que si une telle créature mettait la main sur des instruments de musique, il en ressortirait forcément un des meilleurs albums pop jamais produits. Ben devinez quoi…
Enfermée à déprimer dans sa chambre en tête-à-tête avec une platine vinyle et les cinquante même disques, V.V. Brown va passer un mois à se nourrir en boucle d'Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Elvis Presley ou des Sex Pistols. Elle finira par composer ce qui deviendra son premier tube : "Crying Blood" ; après ça, le reste de l'album ne lui prendra qu'une semaine. Un demi-siècle après le King et les Beatles, Travelling like the light redéfinit donc le concept de musique "pop" (pour "populaire") en réalisant la fusion parfaite entre musique noire (funk, soul, doo-wop…) et musique blanche (rock, électro…), à la fois rétro et moderne, commercialement viable mais assez élaborée pour prévenir toute accusation de prostitution sonore. Surtout que pour rajouter à l'agacement, c'est bien sûr elle qui a tout composé et joué de tous les instruments (et on ne parle pas d'un disque de Carla Bruni, là).
Les tubes, eux, se ramassent à la pelle : à la fois espiègles et piquants mais toujours enrobés de cette chaleur "soul" qui les rend si moelleux, c'est comme si Lily Allen avait fusionné avec Amy Winehouse. De "Quick Fix" qui ouvre le disque, au morceau titre qui le conclut, en passant par "Game Over", "Shark in the Water", "Crying Blood" ou "L.O.V.E.", ce premier album se dévore comme une boîte de Quality Street : plusieurs saveurs sucrées pour une certaine idée du raffinement britannique. Quant au single "Leave!", il est toujours aussi délicieux de se dire qu'une banque française s'est servi pendant plus de six mois d'une chanson parlant de rupture pour illustrer une pub où on voit un couple acheter une maison et faire des projets d'avenir.
Le seul point noir de cette vision idyllique, c'est le visuel de l'album. Parfait repoussoir pour mélomane averti qui a depuis longtemps appris à se méfier des façades un peu trop lisses, cette pochette semble plus promettre "connasse photoshopée rabotée à l'auto-tune" façon Leona Lewis que "génie touche-à-tout de la pop moderne" – alors qu'il s'agit évidemment ici de la réponse B, vous l'aurez compris. En espérant qu'il finira quand même entre de bonnes oreilles…
Michael Rochette
Michael Rochette
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