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Yael Naim & David Donatien : She Was A Boy ( Tôt ou Tard )
S’imprégnant de la musique de la Nouvelle Orléans, la douce Yael Naim a offert à son timbre onirique et cristallin une profondeur supplémentaire et salutaire.
Ne cherchez pas plus loin, vous ne trouverez pas ici de tube aussi évident que ce New Soul qui, en 2007, a fait la réputation et la carrière internationale de Yael Naim. La franco-israélienne a, en effet, connu avec son second album, éponyme, un succès planétaire largement lancé par une pub pour la marque informatique à la pomme. Depuis, la jeune femme d’origine tunisienne, révélée en France par la comédie musicale Les dix commandements, a trainé un peu partout sa jolie voix aigue, ses longs cheveux de princesse, son sourire éclatant et son minois d’elfe facétieuse. Elle a même remporté le prix du meilleur album dans la catégorie Musique du monde aux Victoires de la musique 2008. Pourtant, entre chanson, pop et folk, il est bien hasardeux (et faux) de vouloir caser la belle Yael dans une simple catégorie. La richesse de son univers, mis en musique par son compagnon de route David Donatien, ne cesse d’étonner.
Pour ce troisième opus, Yael a pris quelque peu de distance avec le succès. Et, avec l’intelligence qui la caractérise, elle s’est bien gardée de tenter d’appliquer la même formule que pour l’album précédent. Grand bien lui en a pris puisque c’est une autre chanteuse que l’on découvre sur She Was A Boy. Une artiste plus sombre que l’on pouvait l’imaginer. Plus rock aussi. Et plus internationale puisqu’elle a totalement laissé tomber ici l’hébreu, cette langue natale qui offrait pourtant un côté irréel et magique aux titres de son disque précédent. Mais, en évitant les évidences, Yael s’est enrichie. Son timbre fragile et d’une belle souplesse offre ici de nouvelles facettes. Plus granuleux et croquant sur le pop-rock Stupid Goal. Sexy et mystérieux sur She Was a Boy. Ou dansant et débridé sur Go To The River.
L’écrin musical est également très différent. On retrouve ce côté « musique du Mississippi » sur presque tous les titres. Mais c’est carrément tout un orchestre de la Nouvelle Orléans qui apparait sur Mystical Love, une guitare désaccordée et country sur Never Change, des cordes qu’on croirait toutes droites issues de montagnes balkaniques pour She Was a Boy et des chœurs vaporeux sur I Try Hard ou My Dreams. Bien qu’elle ne crédite aucun duo, l’artiste s’est entourée de collaborateurs prestigieux : Tété, Eric Legnini, Thomas Bloch, Stéphane Belmondo, Spleen, Yoed Nir… Et, plus intimiste et profonde que jamais, elle pose son timbre poudré sur des morceaux tout personnels comme ce Today simplement porté par un violon et un piano ou le magnifique If I Lost The Best Thing où la guitare sèche n’est plus qu’un murmure. Un album bourré d’âme et habité d’une douce étrangeté.
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
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