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juliette Lewis : Terra incognita ( Roadrunner )
Les acteurs qui veulent jouer aux chanteurs, ça donne souvent de sacrées daubes. Dans notre joli pays de fromages qui puent, Gérard Darmon et Elie Seimoun sont de sacrés exemples. Michael Youn et Didier Super l'ont bien compris, et en surjouant le côté merdique de leur musique, ils ont réussi à rendre ça drôle...
Mais aux Etats-Unis, ils font tout mieux que nous. Leurs paquets de pop-corn font 4 kilos, la plus petite unité de mesure du Coca-Cola est le litre et leurs porte-avions parviennent à flotter. Mais quand leurs stars hollywoodiennes se mettent à la chanson, ce n'est pas forcément mieux. Jetez donc une oreille aux albums de Steven Seagal, de Russel Crowe ou de l'attrape-minettes 30 Seconds To Mars de Jared Leto.
Mais le truc, c'est que Juliette Lewis est peut-être plus une chanteuse qu'une actrice maintenant. Balladée de second rôle en second rôle, l'inoubliable psychopate nymphomane de Tueurs Nés se retrouve en tête d'affiche dès qu'elle s'empare d'un micro. Son timbre de voix rauque lui a valu une jolie réputation, tant dans les médias généralistes que dans le « milieu ». Elle fait désormais cavalière seule, maintenant que Juliette & the Licks a splitté. Il faut dire qu'il y avait dans The Licks un certain Todd Morse, guitariste du groupe de hardcore H20 et accessoirement ex-boyfriend de la demoiselle. Il a donc rejoint Johnny Depp et Brad Pitt (premier « vrai » copain de Juliette, si vous voyez ce que je veux dire) à une liste qui n'a aucun intérêt à être dévoilée dans une chronique musicale...
Alors la voici livrée à elle-même, en « Terra Incognta ». La voici partie pour explorer de nouveaux horizons musicaux, avec en guise de GPS un producteur de premier ordre : Omar Rodriguez Lopez, membre de The Mars Volta et anciennement At The Drive-In. Signée sur Roadrunner, voilà que Juliette emmène l'auditeur dans des contrées plus émotionnelles et personnelles que jamais, comme le prouve le texte de « Hard Lovin' Woman ». Les ambiances diffèrent de titre en titre, mais en conservant une grande cohésion. On entre de plein pied dans l'univers, et même dans la tête, de Mlle Lewis, qui ne perd jamais. De l'intro planante au baroud d'honneur « Suicide Dive Bombers » (titre achevant officiellement l'album, mais en précédant deux autres en cadeau bonus), sa voix sert de fil conducteur à un album foutrement bien ficelé.
Dès le début de « Noche Sin Fin », on comprend que les chansons sont là pour mettre les nerfs à vif, avec ces roulements de batterie derrière le rugissement de la miss. Première cavalcade, un riff de guitare qui tranche, et une chanson qui comme beaucoup de ses camarades de disque ne s'embarrasse pas d'une structure classique et prévisible. Seul le morceau « Hu-hu », presque simpliste, vient faire un peu tâche au milieu du disque, avec ses allures pop trop sucrée qui file le diabète. Voilà qui casse un peu la dynamique, un peu comme si il y avait une scène avec Hannibal Lecter en train de manger des bonbons avec sa maman en plein milieu du Silence des Agneaux...
Pour le reste, c'est un sans faute. Bien que très ambiancée, cette terre inconnue parvient à paraître familière dès la première écoute, grâce à une production sans faille et des titres aussi variés que la rock'n'roll « Fantasy Bar » ou l'intimiste « Female Persecution », tellement sombre qu'il sera difficile de l'écouter seul, dans le noir. Pourtant, c'est le meilleur moyen de l'apprécier.
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
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